Annie Genevard, la ministre qui crie au loup

« Entre les éleveurs et le loup, j’ai choisi mon camp ! », affirmait Annie Genevard le 4 mai 2025 dans le Journal du Dimanche. Dans la droite ligne de cette déclaration, la ministre de l’Agriculture a annoncé, le 9 janvier 2026, un rehaussement de 10 % du seuil de loups pouvant être abattus chaque année.

Le loup comme monnaie d’échange

Servie au milieu d’un « paquet » de mesures, la décision devait contribuer à « calmer les tensions » entre les agriculteurs et le Gouvernement, incapable d’empêcher la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.

Dans le contexte des mobilisations d’agriculteurs, Annie Genevard ne manque jamais une occasion de cajoler les militants de la FNSEA, le syndicat majoritaire, et de la Coordination rurale, sur le dos de l’environnement. Il faut dire que la baronne locale du Doubs, fille et belle-fille d’élus de ce département, marche sur des œufs depuis son arrivée au ministère. Nommée le 21 septembre 2024 malgré la débandade des Républicains (LR) aux deux dernières législatives, elle s’est maintenue au fil des chutes des gouvernements Barnier et Bayrou, puis de la démission de l’éphémère premier gouvernement Lecornu, avant d’être reconduite dans le second. Issue de l’aile conservatrice des LR, celle qui se décrit comme « très proche » des milieux agricoles de sa circonscription enchaîne les gestions de crise.

Depuis 2024, les agriculteurs se sont en effet mobilisés contre la faiblesse de leurs revenus, la signature du traité UE-Mercosur, puis la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Cette crise révèle la division du monde agricole. D’un côté, les agro-businessmen qui dirigent la FNSEA défendent les gagnants de la mondialisation agricole et prônent une agriculture productiviste et industrielle. De l’autre, les paysans laissés pour compte, dont plusieurs centaines se suicident chaque année. Portée par la colère, la Coordination rurale, syndicat très à droite, a réalisé une percée historique aux élections des chambres d’agriculture en 2025.

L’agriculture contre-nature

Quand la vieille hégémonie de la FNSEA s’effrite, Annie Genevard, elle, reste un fidèle relais de ses positions. Comme le syndicat majoritaire, elle soutient une politique d’abattage systématique des troupeaux de bovins, dès l’apparition de cas de dermatose, la vaccination compromettant les possibilités d’exportation. À l’inverse, la Confédération paysanne, ancrée à gauche, et la Coordination rurale, s’opposent à ce protocole sanitaire.

Le 20 novembre 2025, sur France Inter, la ministre a repris à son compte le concept d’« agribashing », popularisé par la FNSEA pour contrer toute critique du modèle agricole. Elle attribuait en partie le désarroi des éleveurs à leur supposée dévalorisation par les ONG environnementales. En février 2025, elle faisait adopter la loi d’orientation agricole, qui prévoit notamment la dépénalisation des destructions d’espèces protégées « non intentionnelles » et l’adoption du principe « pas d’interdiction de pesticides sans solution », défendu par la FNSEA.

La loi Duplomb qui voulait lever « les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », en juillet 2025, est de retour. Annie Genevard est généreuse mais ça ne suffit pas. Malgré ses concessions offertes à la FNSEA et à la Coordination rurale, les paysans restent mobilisés : manifestations, blocages, épandages de lisier sur les préfectures, occupations de ronds-points, désactivations de radars et autres dégradations. Là encore, la ministre se montre magnanime. Avec un ton doux, elle comprend, compatit, rassure et promet.

Interrogée par Benjamin Duhamel en novembre 2024 — déjà sur France Inter — sur le saccage des locaux de l’Office français de la biodiversité à Guéret par des membres de la Coordination rurale, elle tempérait : « Moi, je ne généralise pas les comportements minoritaires. […] Je respecte les syndicats qui sont mes interlocuteurs ». Son ton contraste avec ses propos sur les opposants aux méga-bassines : « Ce sont des black blocs qui viennent pour blesser, pour tuer. […] Il faut réprimer ces mouvements avec la plus grande fermeté », déclarait-elle sur CNews en juillet 2024.

En faisant des écologistes et des loups les boucs-émissaires des crises agricoles, Annie Genevard a au moins un mérite : celui de mettre d’accord Gouvernement, dirigeants de la FNSEA et membres de la Coordination rurale, pour qui l’anti-écologisme est l’une des principales rengaines.

Éloi Boyé

Illustration : Vincent Couturier

Paru dans La Brèche n° 15 (mars – mai 2026)

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