Au Liban , la résistance passe aussi par les semences paysannes

Au Liban, la guerre a détruit les terres, déplacé de force les agriculteurs et fragilisé l’accès à l’alimentation. Alors que certains tentent de reconstruire en cultivant des semences locales, un projet de loi sur leur encadrement inquiète : pour beaucoup, il risque de limiter encore davantage leur autonomie.

Zainab Mahdi a redonné vie à une terre abandonnée, au milieu du chaos de la guerre. Cette agricultrice, originaire de Naqoura à la frontière avec la Palestine, a été déplacée de force par l’armée israélienne, il y a deux ans maintenant. Elle vit désormais dans une école de Tyr (Sud Liban), transformée en refuge, où en ce mois d’avril les bombardements sont quasi-quotidiens dans les environs. « Cette parcelle de terre est destinée à la production de graines », désigne-t-elle. Elle nous entraîne vers la serre où les premières pousses viennent de germer. Dans son petit royaume, Zainab Mahdi a mis en terre des centaines de graines qui donneront vie à différents types de légumes et de fleurs, parfois comestibles. Le but : approvisionner la cuisine du refuge, qui permet à des milliers de déplacés de force de la région, certains depuis octobre 2023, de se nourrir convenablement.

Le 8 octobre 2023, le parti politique chiite pro-iranien doté d’une milice armée, le Hezbollah, ouvrait un front de soutien au Hamas depuis le sud du Liban, dans la foulée des attaques du 7 octobre. S’en est suivie une guerre dite de basse intensité qui deviendra totale après l’attaque israélienne, en septembre 2024, sur des bipeurs du Hezbollah. Entre octobre 2023 et novembre 2024, l’armée israélienne a tué plus de 4 000 personnes au Liban, fait plus de 16 000 blessés et conduit au déplacement de près d’un million d’habitants1.

Fin février dernier, les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, leurs frappes conduisant à la mort du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei. Le Hezbollah a réagi à cet assassinat en lançant des roquettes sur le nord d’Israël dans la nuit du 1er au 2 mars. Depuis, le pays a de nouveau replongé dans le chaos : plus de 2 000 morts, 6 000 blessés et de nouveau, 1,2 million de personnes déplacées de force, selon le bilan du ministère de la santé à la mi-avril. L’armée israélienne a notamment commis des massacres de grande ampleur à travers le Liban, comme ceux du 8 avril où près de 400 personnes ont perdu la vie dans des bombardements massifs au sud et à l’est du pays, mais aussi à Beyrouth. Par ailleurs, Tsahal continue d’avancer et d’occuper de plus en plus le territoire libanais, tout en menaçant continuellement les habitants.

Revenir à la terre… ailleurs

En avril, l’armée israélienne a notamment envahi Naqoura, d’où est originaire Zainab Mahdi. La quinquagénaire le sait depuis longtemps : sa maison n’est plus. Ne restent que les souvenirs. Elle sort son téléphone de son élégant hijab fleuri et fait défiler les photos. « Ici, c’était ma terre, mon jardin avec mes légumes, mes fleurs… J’adore les couleurs. Juste en face, il y avait la mer mais je n’ai plus tout ça ici… », regrette-t-elle, en conservant un sourire qui peine malgré tout, à cacher sa tristesse. Revenir à la terre, même ailleurs, était une nécessité.

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Amélie David (au Liban)

Illustration : Dobritz

Paru dans La Brèche n° 16 (juin – août 2026)

  1. « Lebanon at War Crisis Update », Reliefweb, 23 décembre 2024 ↩︎