Face aux contenus traumatisants, les modérateurs de TikTok se rebiffent

À Barcelone, les modérateurs de TikTok – qui sous-traite ce travail au prestataire local Majorel – sont exposés à des contenus ultra-violents et à des risques psychosociaux. D’où une vague de procès qui place sur le banc des accusés Majorel, qui appartient depuis 2023 au groupe français TP.

« Je sors rarement de chez moi et suis encore sous antidépresseurs deux ans après mon licenciement. » Employée à Barcelone par le prestataire Majorel pour modérer les contenus francophones, néerlandophones et anglophones de TikTok, Léa*, une jeune femme belge, ne s’est toujours pas remise de l’expérience : « Ce job m’a bousillée et dégoûtée du genre humain. » Pour faire comprendre ce qu’elle a vécu, elle renvoie au film American Sweatshop, sorti en France en 2026 sous le titre Les Invisibles, qui décrit le quotidien professionnel d’un groupe de modérateurs. Notamment la descente aux enfers de l’héroïne, bouleversée par la violence des images qu’elle doit contrôler. Juan*, un trentenaire espagnol, demeuré à peine deux ans chez Majorel, en garde un souvenir tout aussi amer : « Les vidéos tournaient dans ma tête. Je devenais triste et irritable avec ma famille et ma copine, je ressentais même des pulsions de violence. J’ai fini par démissionner en 2024. »

Des scènes pour tous les dégoûts

Tous les modérateurs de Barcelone ne sont pas soumis aux mêmes images, vidéos ou propos. Mais entre les scènes de décapitations, pédophilie, viols, suicides, torture d’animaux ou d’humains, il y en a pour tous les dégoûts… Pas étonnant dans ces conditions que Majorel fasse l’objet d’un important contentieux depuis 2025. À lui seul, l’avocat Robert Castro du cabinet Bastet représente une trentaine d’actuels ou d’anciens modérateurs, qui portent plainte pour obtenir réparation des dommages subis. « J’ai eu moi-même des cauchemars à écouter leur récit », raconte-t-il.

La suite de cet article est à retrouver dans le numéro 17, disponible en kiosque (liste des points de vente) ou sur commande, en version papier ou numérique, via le formulaire suivant

Frédéric Brillet

Illustration : Martin Texier

Paru dans La Brèche n° 17 (septembre – novembre 2026)

* À leur demande, nous avons préservé l’anonymat des modérateurs qui ont témoigné

Le mockup de la une du numéro 17