Pièces et Main d’Œuvre : « On essaie de saboter la machine de l’acceptabilité »

« On n’arrête pas le progrès ! » C’est ce qui se dit mais certains essaient quand même. Quelques irréductibles n’abdiquent pas et luttent face à l’envahissement des technologies dans nos vies. Les Luddites grenoblois de Pièces et Main d’Œuvre font partie de ceux-là. Depuis l’automne 2000, ils agissent pour la construction d’un esprit critique : enquêtes, manifestations, réunions, livres, tracts, affiches, brochures, interventions médiatiques… Les deux Pièces et Main d’Œuvre nous ont accueillis autour d’un plat du jour, à quelques pas de la gare du centre-ville grenoblois, pour parler des technosciences. Et ça fait froid dans le dos.

Pourquoi avez-vous lancé Pièces et Main d’Œuvre ?

On n’a pas vraiment lancé Pièces et Main d’Œuvre. À Grenoble, la plupart des gens ne font pas attention à l’endroit où ils vivent. C’est un endroit usé à leurs yeux car tous les endroits se ressemblent. Le centre-ville de Grenoble ressemble à celui de Montpellier qui ressemble à celui d’Aix-en-Provence, donc tu ne vois pas pourquoi tu ferais attention. Il y a une unification du monde. Il n’y a plus d’ailleurs. Après 200 ans d’amélioration des moyens de communication et d’échanges, Internet a transformé le monde en voisinage. Il n’y a plus d’autres, il n’y a plus d’ailleurs. Tu vas à Shanghai, Paris ou New York, il y a une espèce d’uniformisation du monde qui entraîne de l’inattention pour l’endroit où tu vis. Tu peux t’en accommoder en pensant à autre chose, je ne sais pas à quoi d’ailleurs. Ou tu peux en être incommodé. Nous, on est plutôt incommodés.

De quelle manière cela vous incommode-t-il ?

Ce décor agit sur toi. Cette transformation de nos conditions d’existence est contraignante et intrusive. On ne l’a pas choisie. On ne nous demande jamais notre avis, on nous explique seulement que c’est bon pour nous.
Personnellement, je me sens harcelé et persécuté par l’invasion du progrès. Certaines gens ont une telle vie intérieure qu’ils ne sont pas affectés par ce qui se passe autour d’eux. Je n’ai pas cette capacité hermétique, de me replier en moi-même, dans mes lectures et mes rêveries. Nous sommes constamment dérangés, sollicités dans notre vie quotidienne. Ce qui fait horreur à l’homme moderne, c’est le silence, la solitude et je dirais l’intériorité. Par contraste l’homme idéal moderne nous est présenté comme un être passif, extraverti et ouvert à toutes les sollicitations. Il doit être de son temps. Ne pas être de son temps est considéré comme la manifestation de la misanthropie.

Pièces et Main d’Œuvre est donc votre réponse à ces agressions quotidiennes…

Notre démarche est de mettre en lumière, le fait que le progrès technologique non seulement n’est pas synonyme de progrès social et humain mais qu’il en est même l’antonyme. On n’a pas de mérite à le dire. Il faut être aujourd’hui sourd et aveugle pour penser que la situation des terriens de 2016 est meilleure que celle des terriens d’il y a 100 ans. On ne parle que de catastrophe à venir, de la nécessité de se préparer au chaos climatique, qui n’est que la pointe émergente de l’effondrement écologique. On ne parle que de « transition ». Mais pourquoi faudrait-il être tout d’un coup en transition alors que l’on est dans le progrès depuis toujours ? C’est bien que le progrès a failli.

Le progrès est-il finalement une agression quotidienne ?

L’évolution est sidérante… Le monde que tu connais à 20 ou 30 ans ne ressemble en rien à celui dans lequel tu es né. Nous sommes tous en situation d’exil au cours de notre vie et je crois que c’est une violence extraordinaire faite à l’humain. Mais on ne s’en rend pas compte. On n’en parle pas. Personne ne prend le temps de se poser ces questions-là. On fait comme si c’était naturel. Les générations précédentes, pendant des millénaires, vivaient dans une forme de stabilité, les évolutions étaient lentes. Le bouleversement perpétuel oblige en permanence à se mettre à jour.
J’ai par exemple grandi dans un monde sans téléphones portables. En dix ans il a fallu basculer. Je n’ai pas suivi et je me retrouve en porte-à-faux avec ce nouveau monde. J’arrive encore à négocier parce qu’il reste des gens qui ont connu le monde d’avant, mais il n’y en aura bientôt plus. C’est ainsi que l’on change de monde : en éliminant les restes de l’ancien et en évitant la transmission. C’est la politique de la table rase permanente et c’est très violent pour l’humain.
C’est une agression psychique et physique perpétuelle que d’avoir à se soumettre sans cesse à de nouvelles conditions d’existence qui te sont imposées par une rationalité extérieure. On te dit : « C’est plus efficace, moins cher et plus pratique. » Mais on ne mesure jamais ce que l’on perd et ce que ça génère comme souffrance ou violence. Sans parler des répercussions écologiques.

Y a-t-il des protestations contre ce progrès perpétuel ?

Les gens protestent par la dépression, la violence, l’alcoolisme, la toxicomanie, etc… On ne vit pas dans des sociétés heureuses. La dépression résulte de l’oppression. Contre l’oppression tu n’as qu’une issue : l’expression. Si tu arrives à mettre des mots sur ce qui te fait souffrir, tu arrives à le mettre à distance. Et en le mettant à distance, tu peux aussi comprendre. Tu commences à cerner les contours de ce qui te fait souffrir ou te révolte. Et si tu commences à comprendre, tu peux commencer à te dire que tu y peux quelque chose.

N’est-ce pas inéluctable d’aller dans le sens du développement technologique ?

C’est le discours tenu matin, midi et soir. Le hold-up sémantique consiste à dire que le progrès technologique équivaut au progrès social et humain. Mais ça n’a jamais été prouvé. Et l’on nous fait croire que c’est le mouvement naturel des choses ; que ce progrès, on ne l’arrête pas, qu’il n’y a pas d’alternative et qu’il faut y passer. Or, c’est tout sauf un phénomène naturel. C’est ce que nous tentons de montrer depuis 15 ans dans nos enquêtes, en partant du local, du particulier, du concret, des faits. On montre que derrière il y a des gens – on a donné leur nom, leurs fonctions et les décisions qu’ils prennent. On explique comment « ce phénomène naturel » était en fait extrêmement méthodique.

Et, comment cela a-t-il été possible ?

L’histoire des 200 dernières années, c’est l’histoire de la fusion entre la recherche du profit et la recherche de l’efficacité. Et, à partir du moment où tu peux domestiquer la recherche de l’efficacité au service de la recherche du profit, tu aboutis à une formation sociologique qui est le techno-capitalisme. Il y a sans cesse de nouveaux produits, de nouvelles structures, de nouveaux moyens de communication et d’échange. Avec un objet, est vendu un mode de vie. Et avec ce mode de vie, on vend des rapports sociaux : comment ça va se passer dans l’entreprise, dans la ville, dans la famille, etc… Il y a une fusion entre la classe de la finance et la technocratie qui est la classe de l’expertise. Entre les capitalistes de l’avoir et ceux du savoir. Au fil des décennies, ils ont fini par fusionner. Tu ne peux pas être un bon capitaliste sans maîtriser le savoir.
Le capitalisme a été très bien analysé par Marx et les Marxistes dans le Manifeste du Parti communiste, de 1848. Marx et Engels expliquent très bien que la bourgeoisie ne peut pas subsister sans bouleverser constamment le mode de production. C’est normal, puisqu’il faut que tu aies un avantage concurrentiel sur tes rivaux. Donc tu fais de l’innovation. Et tes rivaux se mettent à ton niveau et vont peut-être trouver autre chose. Il faut sans cesse que tu trouves un petit plus, que tu fasses un produit meilleur marché ou plus résistant. Dans ton entreprise ou collectivement dans la société, tu es donc obligé d’entretenir un bataillon d’ingénieurs et de chercheurs qui vont constamment travailler à l’innovation.
L’analyse du capital est impeccable. Elle n’a pas pris une ride au bout de 200 ans et se vérifie un peu plus chaque jour. Mais Marx, dans le manifeste, critique les ouvriers luddites qui s’en prenaient aux machines. C’est là qu’on se sépare de lui.

« Notre démarche est de mettre en lumière, le fait que le progrès technologique non seulement n’est pas synonyme de progrès social et humain et qu’il est même l’antonyme de ça. »

Pouvez-vous revenir sur l’origine du mouvement des Luddites ?

Le luddisme est un mouvement né entre 1810 et 1814 dans trois comtés du centre de l’Angleterre. Les Luddites étaient des maîtres ouvriers, qui travaillaient à domicile. Un négociant vient, leur propose un marché, et après ils bossent seul ou avec la famille et le voisinage. Ils ont des machines qu’ils maîtrisent et qui les servent. Ce n’est pas un monde idyllique. Ce sont des rustres. Ils picolent, battent leur femme, ne sont pas forcément sympas avec les gosses et les font travailler. C’est le monde préindustriel avec ses bons et ses mauvais côtés.
Arrive l’industrie. Il y a depuis le Moyen Âge une fierté pour les Anglais d’être des hommes libres, « merry old England » et tout ça. De ce monde qu’ils connaissaient depuis des siècles, qui évoluait lentement et avec leur contribution, ils sont précipités dans l’enfer industriel et capitaliste. Le capitalisme existait avant mais subitement, ça les atteint. Ils ne peuvent plus travailler chez eux et doivent aller à l’usine. Ils ne travaillent plus en communauté. Ils ont des chefs, des horaires. Ils subissent la discipline de fabrique. C’est le bagne. Ils travaillent 18 heures par jour au début. On embauche essentiellement les femmes et les enfants, parce qu’ils sont plus dociles et plus souples pour les tâches qu’on leur demande. D’autre part, il s’agit de fabriquer de la merde, de la camelote. Alors que ces maîtres-ouvriers avaient la fierté du travail bien fait.
Donc ils se révoltent. Toute la population est dans le coup. Les femmes, les hommes, les jeunes, les vieux, les activistes. On sait qu’y participent aussi des Jacobins, des révolutionnaires à la française, et puis nombre de membres de sectes religieuses, parce que ce sont des endroits où l’on apprend à débattre et où l’on s’écrit beaucoup. Tout ce mouvement dit luddite, sévit pendant trois ou quatre ans. Les industriels reçoivent des lettres comminatoires qui leur disent : «  A moi Général Ludd, il me revient aux oreilles que vous avez installé ces détestables métiers mécaniques dans votre fabrique. Je vous somme de les supprimer sinon j’envoie mes troupes les détruire, etc… ». Et effectivement, pendant trois ou quatre ans, les Luddites chevauchent la nuit et vont détruire les machines, jusqu’au moment où on leur envoie l’armée.
Le Général Ludd n’existe pas. Et ce qui est surprenant dans l’histoire des Luddites, c’est qu’au début, quand la police recherche les meneurs ou les activistes, elle ne peut mettre la main dessus parce qu’ils sont comme un poisson dans l’eau. Toute la population les couvre. Elle est partie prenante. Jamais personne ne lâche le morceau, jamais. Il faudra que les autorités punissent le bris de machine de pendaison et de déportation en Australie pour casser le mouvement.
Dans le manifeste communiste, Marx revient sur la révolte luddite. Les ouvriers, dit-il, commettent l’erreur de briser les machines et de saboter la marchandise. Alors que, selon lui, la machine n’est pas l’ennemie de l’ouvrier. D’après Marx, il faut s’emparer des moyens de production et d’échanges pour éliminer les capitalistes et travailler pour notre propre compte. Il faudrait faire tourner les moyens de production à notre profit : se réapproprier Internet, les centrales nucléaires, les plateformes chimiques…

Et, cette idée de réappropriation de la technologie n’est-elle pas envisageable ?

Dans l’idée de réappropriation des machines, il y a l’idée de suppression de la hiérarchie. Mais si on supprime la hiérarchie dans une centrale nucléaire on va avoir de gros problèmes. Il faut des ingénieurs, des gens qui savent… On ne gère pas ça en assemblée générale. La technologie est inséparable de la division du travail. Tu ne peux pas développer l’industrie, et au-delà de l’industrie, tu ne peux pas développer la technologie sans diviser le travail parce que tu ne peux pas être expert en tout. Il faut donc des ingénieurs, des techniciens, des financiers… Et chacun connaît presque tout sur presque rien. D’autre part, ces équipements présentent la caractéristique d’être complexes et dangereux. Il faut donc aussi une police qui garde les accès et qui surveille ce qui se passe là-dedans.
En admettant que l’on élimine le capital privé, comme le voulait Marx, on aboutit en gros à la situation de l’URSS et de ce qu’on a appelé le camp socialiste où la classe technocratique possède en indivision les moyens de production et d’échanges et fait travailler les ouvriers pour elle. Il y a toujours de la plus-value. Simplement, au lieu d’être redistribuée individuellement, elle est versée au pot commun de la classe supérieure qui se paie en position hiérarchique, en avantages en nature, avec des magasins et hôpitaux spéciaux. L’expérience a été tentée et en gros, en termes de productivité, ça marche moins bien que le capitalisme libéral, parce que chaque membre de la hiérarchie supérieure préférerait que son activité lui profite à lui, individuellement.

Et, maintenant il y a le mythe de la start-up…

Depuis les années 80, les start-upeurs, les self-made men, sont héroïsés. On les encourage à monter leur « boîte ». Avec toute leur aura de pionniers, d’aventuriers, ils sont extrêmement encadrés. Ces gens font les mêmes études, ont les mêmes valeurs, la même culture et ils ont le pouvoir de décider ce qu’on va faire de ce monde.

Les start-up ne créent pourtant que très peu d’emplois…

Le chômage est une bénédiction pour l’industriel, puisque l’ouvrier vend aussi une marchandise, sa force de travail. S’ il y a beaucoup d’offre de force de travail, l’ouvrier est obligé de baisser les prix. La machine est donc sa concurrente. Elle fait pression sur les salaires.

On entend parfois le terme de néo­-luddites. Aujourd’hui, doit-on parler de luddites ou de néo-luddites ?

Pourquoi néo ? La tradition luddite s’est perpétuée sur le continent ensuite. Tout au long du XVIIIème, il y a eu des révoltes de type luddite avec bris de machines, notamment dans la région. Les luddites anglais c’est simplement l’épisode inaugural.
Les luddites ont toujours été minoritaires et ont toujours perdu. La masse des gens se soumet au perpétuel bouleversement de son mode de vie, elle s’adapte. C ‘est extraordinaire à quel point elle est malléable. Les gens sont capables de tout encaisser. Tu te dis : « Mais à quel moment ça va s’arrêter ? »
Une partie minoritaire mais motrice adhère et adore. Tous ces technophiles qui s’implantent des puces RFID pour communiquer avec leur voiture, leur maison. Il y a une part d’aliénation évidente due à la propagande. Quand tu vois des files de 300 mètres devant le magasin Apple pour acheter le dernier iPhone, tu te dis que la manipulation mentale va loin. Arriver à faire faire ça à des gens qui ont un cerveau en état de marche…
Une part de la population se dit « autant s’éclater avec, c’est fun ». Ce qui est vicieux c’est qu’on vise toujours les jeunes. Ils n’ont pas connu l’avant et ne peuvent donc pas voir ce qu’on a perdu. Et ils sont peut-être plus malléables.
Il y a 10 ans de ça, on avait assisté à une conférence d’une personne du CEA, à la Fnac, à propos du téléphone portable et il disait : « On vise principalement les jeunes et on sait qu’ils vont adhérer. » Il y a un cynisme absolu qui est de cibler les plus vulnérables.

« Les gens protestent par la dépression, la violence, l’alcoolisme, la toxicomanie, etc. On ne vit pas dans des sociétés heureuses, équilibrées et paisibles. »

Les lunettes à réalité augmentée ont valu quelques agressions à San Francisco notamment. Est-ce que l’on atteint un point critique, une limite que les gens ne sont pas prêts à dépasser ?

Il y a toujours des réticences initiales. Des échecs sporadiques. Les spécialistes les théorisent et comptent sur le groupe de la population, aussi minoritaire que nous, qui est « pionnier ». Il y a deux minorités : les réfractaires et ceux qu’ils appellent les pionniers. Mais eux, sont moteurs et prescripteurs.

Mais pourquoi le « progrès » fait-il autant fantasmer ?

On nous a convaincus qu’il fallait vivre avec son temps. Un temps destiné à changer. Le monde bouge sans cesse et tu ne veux pas être largué. Ni un ringard. C’est une malédiction d’être un ringard. Il faut beaucoup de personnalité pour être un ringard, surtout à 18 ans. Pour trouver un boulot, t’insérer dans la société… C’est compliqué de dire à tes copains que tu n’es pas sur Facebook ou Twitter. Mais c’est difficile aussi à 40 ans d’ailleurs.
Un des effets sociaux de l’innovation perpétuelle, c’est que jusqu’aux années 60 la transmission se faisait des anciens vers les enfants. Il y avait une valorisation du savoir ancien. A partir des années 60, il y a inversion de la transmission. Ce sont les jeunes qui deviennent prescripteurs et qui éduquent les vieux. Maintenant ce sont les petits enfants qui réduisent la fracture numérique de pépé. Ils éduquent leurs parents et grands-parents qui sont super fiers d’être aussi doués que leurs enfants.
Tout ça obéit au dogme selon lequel il faut vivre avec son temps. C’est de l’ordre de l’évidence. Cela va de soi. D’où la force de ces innovateurs qui disent : « Il faut quand même que la ville bouge. Il faut que l’on ait un projet. » Mais pourquoi faudrait-il que l’on ait un projet ? On ne peut pas juste nous foutre la paix et nous laisser vivre ? C’est contradictoire avec l’idée égalitaire, libertaire et toute notion de fraternité. Et on n’a toujours pas abordé l’environnement… (Rires)

Est-ce qu’il n’y aurait pas des choses à sauver dans la technologie ?

La technologie forme un système, avec des aspects positifs et négatifs liés indissolublement. Comme l’avers et le revers de la médaille. Il n’y a pas d’exemples où tu peux garder une partie et refuser l’autre. Prenons l’informatique qui est un méta-système, celui qui unifie tous les sous-systèmes. Que veux-tu jeter dans l’informatique pour n’en garder qu’un bout ? Il faut des câbles sous-marins, des data centers, de l’électricité pour que ça marche… tout est lié.

Y-a-t-il un mouvement luddite organisé en France ?

Il y a sans cesse des mouvements mais les actions sont fugitives. Notre histoire depuis 200 ans, d’un point de vue luddite, c’est une histoire de défaites à peu près ininterrompues. On subit sans cesse des défaites stratégiques et on enregistre quelques victoires tactiques. Mais les victoires sont sans lendemain et les défaites sont perpétuelles.
Des Luddites tu en as tout le temps. Les Zadistes sont des Luddites. Les anti nucléaire des années 70 sont des Luddites. Les faucheurs d’OGM sont des Luddites. Mais ce sont des gens qui perdent.

Pourquoi les Luddites perdent-ils toujours ?

Tout est bien organisé. Il y a d’un côté les forces combinées de la finance, de l’industrie et de l’Etat dans toutes ses composantes qui disposent à la fois du pouvoir, de la concentration des forces et de la continuité dans le temps. Nous, en face, on est épars. On a les moyens que l’on a, c’est-à-dire rien. Les réfractaires sont des individus épars, livrés à leurs propres forces, qui n’ont plus d’organisation et qui ne sont que dans la réaction et le rejet.

Y a-t-il eu une défaite récente particulièrement douloureuse ?

Pour nous, les plus mauvaises nouvelles sont toutes les pertes de transmission. La réforme du collège où l’on apprend le code informatique et l’anglais, est une très mauvaise nouvelle. On empêche les jeunes de penser. Il n’y a pas d’analyse critique et de pensée construite sans maîtrise de la langue. On ne peut plus compter sur l’École de la République pour nous l’ apprendre. Il faut donc ouvrir des écoles sauvages, informelles, pour apprendre. On a besoin de former nos propres structures d’éducation. Il faut que la population reprenne en main l’usage de son cerveau. Il faut tuer l’idée que la mission de l’école est d’offrir des « débouchés ». Le but de l’éducation est d’apprendre et de comprendre, pas d’avoir un job. Enfin, ça devrait être ça.

Et de votre côté, que faites-vous avec Pièces et Main d’Œuvre ?

La seule machine que l’on a essayé de saboter est celle de l’acceptabilité. Au moins, que l’on ne nous fasse pas prendre les vessies pour des lanternes. C’est pour ça que l’on a saboté la campagne de 2009-2010 de la Commission nationale du débat public (CNDP), un organisme d’État chargé d’organiser comme son nom l’indique des débats publics quand il y a un projet d’infrastructure (un incinérateur, une autoroute…). Il s’agit de débats pour faire semblant de discuter avant de faire ce qui était prévu. En 2009-2010, Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie et deux autres ministères confient à la CNDP l’organisation d’un débat national sur les nanotechnologies avec 17 débats dans toute la France. En 2009- 2010, c’est-à-dire quatre ans après l’inauguration de Minatec, premier pôle de nanotechnologie à Grenoble. Cette campagne on l’a sabotée puisque sur 17 réunions publiques, très peu ont pu se tenir. Dans toutes les villes, les Luddites se sont dressés. La date de Grenoble a été le sommet. C’était le premier décembre 2009, à Alpexpo, la grande salle de Grenoble. Le président de la commission nationale du débat public est entré sur scène et a prononcé cinq mots : « Bonsoir, je m’appelle Jean Bergougnoux. » Et la réunion était terminée puisque la salle entière a applaudi. Il était d’abord très content, mais on n’a jamais cessé d’applaudir. Il n’a pu prononcer le moindre mot, malgré les vigiles et les contrôles. Nous avons été fouillés à corps mais nous sommes tous rentrés. Nous étions 200. Ça a été une belle soirée, très joyeuse. On a montré que sans moyen matériel mais avec de la matière grise on pouvait lutter.
On avait aussi manifesté il y a dix ans, en 2006, contre l’inauguration de Minatec. Il y avait mille personnes. Le quartier était bouclé, quasiment en état de siège pendant deux jours. Et cela reste à ce jour la seule manifestation au monde contre les nanotechnologies.

« Il faut beaucoup de personnalité pour être un ringard, surtout quand tu as 18 ans. »

Comment tout cela a-t-il pu se planifier ?

Cela a été possible parce que, depuis 2000, on faisait ce travail d’enquête sur les nanotechnologies. Tout commence par des mots. Il faut mettre des mots sur les choses. Il ne faut pas dire « tu vois ce que je veux dire » mais « dire ce que tu vois ». Il faut arriver à faire comprendre où est le problème. C’est un travail harassant. Il faut répéter les mêmes choses de manières différentes indéfiniment, jusqu’à ce que tu arrives un jour à trouver la formule qui touche. C’est infernal mais ça en vaut la peine.

Un mouvement est-il en train de s’organiser ?

Chaque année on fait entre dix et vingt conférences. On nous invite aux quatre coins de la France pour des débats, des projections et des discussions. On va partout, dans les grandes et petites villes. Et à chaque fois, il y a un café associatif, une librairie, un cinéma, un groupe ou une association qui décide de nous faire venir. On rencontre partout des gens qui partagent nos idées. C’est impressionnant de voir que ça couvre le territoire. C’est partout et c’est invisible. Ça n’existe pas au niveau médiatique parce que ce n’est pas organisé. Ce sont des gens qui ne font pas de bruit. C’est frappant de voir que partout des gens réfléchissent à ces questions.

Actuellement, il y a la grogne qui monte autour de Linky (NDLR : compteur électrique « intelligent » d’ENEDIS, anciennement ERDF)…

On n’aurait pas misé grand-chose sur le fait que les gens refusent Linky. Même si on en parle depuis cinq ans. Quand les gens nous disent : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » Parmi les exemples que l’on donne, on parle de ce compteur qui arrive pour expliquer ce qu’est une « smart city », une ville « intelligente ».
Partout en France, tu vois des collectifs anti-Linky. C’est spontané. Une grosse partie se réunit sur des arguments qui ne sont pas les nôtres : la santé, les inquiétudes sur les ondes, etc. Mais on a vu des gens dans le Finistère défiler derrière une banderole « contre Linky pour rester libre et humain ». Et là, les bras t’en tombent. Tu te dis « voilà des gens qui ont compris ce qu’était le big data, le monde-machine ». Ce qu’ils perçoivent, c’est l’éviction de l’humain dans tous les aspects de la vie. On n’a pas besoin que des machines dirigent nos vies. On n’a pas besoin que nos maisons soient « intelligentes ». Ils te font par exemple une ruche connectée pour savoir s’il y a du miel et si la ruche se porte bien. Mais à quoi bon être apiculteur si tu ne vas pas voir tes abeilles. Il y a un désir d’informatiser et de numériser tous les aspects de notre existence. Et donc de nous évincer de notre existence. Pourquoi te tracasser sur ta consommation d’électricité, la machine le fait mieux que toi. Si les objets peuvent tout régler à ta place, ce n’est même plus la peine de te lever le matin. Tu es obsolète.

Il y a aussi l’arrivée des puces RFID implantée sous la peau…

Une puce sous la peau, c’est rudimentaire et grossier, mais ça acclimate l’idée. Ça participe à l’acceptabilité. Ça donne l’impression à tous les frimeurs qu’ils sont à l’avant-garde.
Les animaux sont pucés. Avec les puces, il y a des tumeurs qui se développent. Mais j’ai envie de dire, c’est normal. Ce qui est extraordinaire, c’est que des humains trouvent formidable l’idée d’avoir sous la peau un objet communiquant, interactif, qui leur permet d’ouvrir leur porte automatiquement quand ils arrivent. Voilà un progrès !
Encore une fois, les volontaires sont minoritaires. Ils font partie de cette frange d’avant-garde. C’est vendu sous l’aspect « fun ». En boîte de nuit, on peut payer sa consommation en scannant son bras. Maintenant c’est le club argentin de foot Tigre, de Buenos Aires, qui propose à ses supporters des puces RFID avec leur abonnement. On prend toujours les aspects ludiques, futiles, avant de répandre la technologie. Après, sur cette puce il pourra y avoir notre dossier médical, notre carte bancaire… parce que c’est quand même pratique ! Une fois qu’il y a une frange suffisante de la population qui l’a adoptée, elle s’impose comme norme.
Pour payer nos impôts, on va devoir passer par Internet alors qu’au début on disait : « Ce n’est pas grave, ce n’est pas obligatoire. Chacun fait ce qu’il veut. C’est seulement pour les volontaires. » C’est comme ne pas avoir de téléphone portable. Je ne suis pas légalement obligé, mais dans les faits c’est leur monde, pas le nôtre.

Et quelle est la réaction la plus courante quand vous expliquez ça ?

On nous dit : « Allez vivre dans une grotte en Ardèche ! » Tu ne peux pas être indemne de ce monde. Bien sûr il y a encore des endroits résiduels où tu peux te planquer. Mais en gros ce n’est pas possible. Vivre à contre-courant c’est fatigant, mais c’est intéressant.

Quel est cet endroit ?

Je ne donnerai pas l’adresse. Je ne suis pas fou. (Rires)

Et quel est votre cheval de bataille actuel ?

L’idée que l’on développe depuis quelques années, c’est qu’il y a une masse humaine qui devient superflue en tant que main-d’œuvre. Des gens qui ne servent plus à rien en tant que paysans, ouvriers et employés. Ils sont superflus entant que main d’œuvre et insolvables en tant que marché. Puisqu’ils ne travaillent pas, ils n’ont pas d’argent. Et puisqu’ils n’ont pas d’argent, ils ne peuvent pas consommer. Ils ne peuvent pas acheter les produits que les machines fabriquent à leur place. Il faut donc leur donner le RSA. Il faut les nourrir, les loger, les habiller, leur fournir leur smartphone… Mais ils sont un poids mort. Tôt ou tard, le poids mort devient lourd. Le problème est de s’en débarrasser. Alors qu’en fais-tu ? Pour le moment, la solution c’est ce qu’ils appellent les « zones grises ». Nombre d’endroits dans le monde, dans ce que l’on appelait autrefois le tiers-monde, sont abandonnés à eux même. On ne s’en occupe plus. Tout ça est sous-traité aux mafias, aux narcotrafiquants, aux djihadistes, aux caïds de banlieues… L’État ne s’en occupe plus. Tu peux espérer, mais sans le dire trop fort, que deux ou trois bonnes catastrophes vont écrémer.
Une partie de la population va poser problème. En parallèle, la bonne nouvelle est que la population devient stérile. Voilà l’environnement. Toute cette chimie, tous ces perturbateurs endocriniens que l’on déverse dans le milieu finissent à l’eau, l’eau à la mer. Les poissons la boivent, les humains mangent les poissons. La chimie qui s’accumule dans la chaîne alimentaire finit dans l’être humain, au sommet de cette chaîne. Il devient stérile. Et bien, qu’à cela ne tienne : on va développer une technologie de reproduction, la procréation médicalement assistée (PMA). Ça va loin, puisque à terme c’est l’exogénèse, l’utérus artificiel, et éventuellement le clonage. Tu fabriques des humains sur commande.

C’est votre vision de l’avenir ?

Ce n’est pas l’avenir. C’est aujourd’hui. Le site américain Fertility Institute te propose un bébé sur catalogue pour 20 000 dollars, avec une sélection de caractéristiques précises. C’est déjà le présent. 7% des naissances se font en reproduction artificielle. Ceci dit, tant qu’il y a de l’humain, il y a de l’histoire humaine. Il peut y avoir de l’imprévu… y compris le pire.

« Tant qu’il y a de l’humain, il y a de l’histoire humaine. Il peut il y avoir de l’imprévu… y compris le pire. »

Comment voyez-vous le monde en 2050 ?

En 2050, on est 9 milliards d’habitants, avec une chute libre de la population en Russie, en Europe, aux États-Unis, en Chine et au Japon. Il y a une explosion en Afrique et en Inde. En 2050, un homme sur quatre sera africain. Simultanément, la stérilité progresse avec la pollution. La reproduction artificielle de l’humain est donc en progression. L’Afrique fera de la quantité et l’occident de la qualité. Les Chinois sont en train de séquencer le génome de 2000 génies qui ont un QI supérieur à 160. L’idée est de produire des génies en laboratoire, en se disant que si tu augmentes de tant de points le QI de ta population, tu augmentes de tant de points ton PIB. C’est le calcul. Donc on va faire du qualitatif et du quantitatif.
Par ailleurs l’avenir est transhumaniste. Le transhumanisme, c’est l’idéologie dominante de la technocratie et le résumé de ce que font aujourd’hui les laboratoires de pointe. C’est la fabrication du post-humain. Ça va au-delà de l’eugénisme technologique : c’est la production délibérée, planifiée de l’homme-machine, d’une espèce nouvelle. Google y travaille avec des dispositifs neuro-électroniques, implantés ou externes. Ce sont des implants que l’on teste ici à Climatec et rendus miniatures grâce aux nanotechnologies. Des électrodes très fines que l’on implante à un endroit précis du cerveau pour avoir une action ciblée. Plus ça va, plus on affine la potentialité de ces implants. On sait déjà modifier des humeurs et des comportements précisément. L’objectif ensuite est d’avoir des organes et des prothèses artificiels qui donnent des facultés nouvelles. Google vient de déposer un brevet pour une rétine artificielle connectée, avec l’idée de nous mettre Google dans la tête. Il y a le gadget de pouvoir prendre une photo en clignant de l’œil. Ça c’est pour le côté fun. Il y a aussi les outils extérieurs. L’aspect ludique et l’augmentation cognitive sont d’ailleurs un marché énorme.

Et n’avez-vous pas une version, un poil plus optimiste ?

Il y a des dissidences, souvent individuelles et intériorisées, mais elles existent. Beaucoup de gens qui préféreraient « ne pas ». Le problème est que ce n’est pas une force matérielle. Ce n’est pas un mouvement d’opposition concret.
La masse de la population est clivée. Elle est prise à la gorge par l’immédiat, l’urgence et le « à quoi bon ». Cela facilite la soumission. Les gens s’anesthésient en se distrayant. En même temps, il y a une immense déprime et un désespoir qui n’est pas agissant car il n’entrevoit pas d’autre issue possible. Parmi ceux qui continuent à regarder la bête dans les yeux, il y a ceux qui disent « je me bats mais je vais perdre » et les optimistes qui s’imaginent l’effondrement du système sous le poids de ses propres contradictions.
Peut-on penser une population basculant d’un coup dans la frugalité volontaire, l’épicurisme, la sobriété, le rejet de la croissance et de la technologie ? On peut imaginer une décroissance. Toutes les hypothèses sont possibles. Certaines sont marquées d’un coefficient supérieur. La nôtre est la moins probable.
L’idée d’une population qui se rend massivement intelligente. Qui se met volontairement à lire et à écrire. Qui n’a donc pas besoin de structures d’encadrement fortes et de hiérarchies fortes pour agir. Qui agit par elle-même au niveau individuel, au maximum, car plus tu as d’individus intelligents moins tu as besoin d’organisation et donc d’autorité. C’est quand même le scénario le plus improbable mais c’est celui que l’on préfère.

Clément Goutelle

Illustrations par Gus

BD par Solange

Grenoble, « l’intersection du particulier et du général »

Grenoble est une ville particulière. Ce n’est sûrement pas un hasard si Pièces et Main d’Œuvre a vu le jour ici ?

Pièces : Je suis native de Grenoble. J’ai vu ma ville se transformer à une vitesse inimaginable et particulièrement ces 20 dernières années.

Main d’Œuvre : Moi, comme la plupart des Grenoblois, je suis un néo Grenoblois. 70 % de la population est renouvelée en permanence. Il y a une ingénierie de population qui est faite consciemment par les élus, via l’aménagement du territoire, pour attirer des catégories à forts revenus.

On dit de Grenoble que c’est la Silicon Valley française…

Oui, c’est ce qu’ils aimeraient que l’on dise. C’est un slogan plutôt.

Quelles sont les particularités de la ville de Grenoble ?

La particularité locale c’est la techno-industrie. Si l’on veut vraiment s’enraciner dans l’histoire locale, on peut revenir à Vaucanson, Le créateur des automates, au XVIIIème siècle. C’est lui aussi qui met en place les premiers règlements de l’industrie textile à Lyon, en inventant des mécanismes d’automatisation primaires de tissage. Ces métiers à tisser ont d’ailleurs déclenché la plus grande grève ouvrière de l’ancien régime, bien avant les Canuts, avec une semaine d’émeute. Il a fallu évacuer Vaucanson manu militari de Lyon parce que les gens voulaient lui faire la peau.

Vaucanson est aussi l’homme qui inspire l’un des ouvrages fondateurs du matérialisme moderne, « L’Homme-machine » de La Mettrie. Il développe l’idée que l’on peut arriver à reconstituer un homme artificiel. Il va d’ailleurs essayer de le faire, en se disant qu’à force de dissections et en connaissant entièrement l’anatomie, peut-être que l’on pourra dupliquer un organisme.

Il faut aussi revenir à Aristide Bergès, qui est originaire du sud-ouest. Il est le premier à équiper les chutes d’eau des papeteries d’une turbine. À Grenoble, il développe ce qu’il appelle la Houille blanche [1]. Il fait les tramways et l’éclairage urbain. On est en 1869, et c’est le vrai départ de l’ère techno-industrielle. Aristide Bergès incarne la figure que l’on va retrouver aujourd’hui avec cette liaison : recherche, industrie et pouvoir public. Il est ingénieur, industriel et il sera élu maire de sa commune de Villard-Bonnot. Depuis, nous avons toujours eu des maires ingénieurs dans la cuvette. Ils figurent l’élite grenobloise. Non seulement quatre personnes sur cinq ne sont pas de Grenoble, mais une personne sur cinq travaille dans l’enseignement supérieur ou la recherche. C’est une proportion bien au-dessus de la moyenne nationale. Il y a 155 laboratoires de recherche ici.

Avec l’électricité, la Houille blanche, on va pouvoir aller à la vitesse industrielle. On va avoir de l’électro-mécanique, électro-chimie, électro-métallurgie… Plus tard arrive l’électro-magnétisme puis le nucléaire en 1955, avec le premier détachement du commissariat à l’énergie atomique en province. Mais l’intéressant c’est que tout de suite se fait le lien entre industrie, université et pouvoir public. Les industriels se disent : « On a une mine d’or sous les pieds, maintenant il nous faut des cerveaux pour l’exploiter. » C’est rigolo parce qu’aujourd’hui on a de temps en temps des syndicats de chercheurs qui s’étranglent en disant : « La recherche publique financée par des fonds privés, vous vous rendez compte de la collusion ? » Mais ici ça se fait depuis 150 ans et c’est ce qui a fait la richesse de la ville. C’est ce qui a servi de modèle pour la France.

Grenoble est-elle une ville-laboratoire ?

Régulièrement, un nouveau dispositif national s’inspire de ce qui se passe ici , dans le Laboratoire grenoblois. Ici, l’université, la recherche publique, la recherche privée, les labos, les start-up et l’industrie travaillent naturellement ensemble. Ils jouent groupés avec les élus issus du sérail. Comme le dit François Brottes, ancien député PS et maire de Crolles, une commune voisine : « Ici les élus ont été vaccinés à la Hi-Tech, ça évite qu’ils se posent des questions métaphysiques. » La culture grenobloise, c’est la culture de la technoscience, de l’industrie et du profit que l’on peut en tirer. Toute l’économie de la ville repose là-dessus.

L’intérêt pour nous du laboratoire grenoblois, c’est de vivre dans un endroit qui se veut toujours à la pointe de la modernité. C’est intéressant parce que nous sommes ici à l’intersection du particulier et du général. La particularité de notre ville c’est d’être une technopole. C’est ici que le mot a été inventé, pour désigner une entité administrative, la Z.I.R.S.T (Zone Industrielle de Recherche Scientifique et Technique) qui fut un incubateur avant la lettre. Il y en maintenant partout sous d’autres noms. Quand tu t’intéresses à ce qui se passe ici, tu t’intéresses à ce qui se passe bientôt partout.

[1] En excellent communicant, Aristide Bergès a lancé le terme de Houille blanche : « Les glaciers des montagnes peuvent, étant exploités en forces motrices, être pour leur région et pour l’Etat des richesses aussi précieuses que la houille des profondeurs. Lorsqu’on regarde la source des milliers de chevaux ainsi obtenus et leur puissant service, les glaciers ne sont plus des glaciers ; c’est la mine de la houille blanche à laquelle on puise, et combien préférable à l’autre. »

C.G.
La bibliothèque de PMO

Pièces et Mains d'Œuvre propose un large catalogue de publications à découvrir sur leur site (www.piecesetmaindoeuvre.com). Le catalogue présente près de 80 publications. Pour ceux qui n'ont pas Internet, il est bien sûr possible de commander par courrier : Service compris, BP 27, 38 172 Seyssinet-Pariset cedex.

Les Pièces et Mains d'Œuvre conseillent également la lecture de quelques ouvrages incontournables tels que "Le système technicien" et "Le bluff technologique" de Jacques Ellul, ou encore "Les jardins de Babylone" et "Feu vert" de Bernard Charbonneau.

C.G.