Endettés, les hôpitaux de taille moyenne peinent à régler leurs factures

Les délais de paiement des hôpitaux publics ne cessent de s’allonger. Déficitaires, les centres hospitaliers intermédiaires, souvent situés dans des petites villes, sont particulièrement touchés et doivent faire face à des ruptures de stock ou des remplacements de médecins annulés, faute de budget disponible pour régler leurs factures.

180 jours. C’est, en moyenne, le délai qui attend les fournisseurs du centre hospitalier (CH) de Saint-Brieuc avant d’être payés. Plombé par un déficit de 30 millions d’euros, l’établissement de référence des Côtes-d’Armor peine à régler ses factures. Et pourtant, l’hôpital de Saint-Brieuc n’est pas le plus mal loti. Pour les établissements dits « intermédiaires » du département, comptant entre 100 et 300 lits et n’étant pas plus labellisés « centres de référence » que petits « hôpitaux de proximité » (dont le label leur permet de bénéficier d’un budget alloué différent des autres établissements de soins), les difficultés budgétaires compliquent encore un peu plus le paiement des fournisseurs et désorganisent les services.

Selon le rapport de l’Observatoire des délais de paiement, publié en juillet 20251, 52,9 % des hôpitaux de taille moyenne payent leurs factures au-delà des 50 jours prévus par le Code de la commande publique. C’est 9 % de plus que les « petits » hôpitaux. « Les hôpitaux intermédiaires sont ceux qui nous préoccupent le plus, indique Ariane Benard, vice-présidente de la Fondation hospitalière de France en Bretagne et directrice des centres hospitaliers de Saint-Brieuc, Paimpol et Tréguier. Leur modèle économique est insoutenable. Contrairement aux “gros” centres hospitaliers, leurs volumes d’activité ne sont pas assez élevés pour leur permettre de gagner de l’argent et leurs trésoreries sont déjà très dégradées (ndlr, notamment en raison des augmentations du personnel soignant, voulues par le Ségur de la santé en 2020, et des coûts de l’énergie en forte hausse ces dernières années). Un plateau technique de chirurgie ouvert 24 heures sur 24 a un coût similaire partout, mais une activité moindre dans un hôpital intermédiaire, car il accueille moins de patients qu’un centre hospitalier de référence. Et pour qu’un bloc soit opérationnel, il faut du personnel : anesthésiste, infirmier de bloc opératoire, infirmier anesthésiste… »

Le déficit des hôpitaux entraîne celui des fournisseurs

Résultat : les déficits se creusent, faute d’activité suffisante, et les délais de paiement des fournisseurs s’envolent. Dans certains hôpitaux intermédiaires, comme à Guingamp, dans les Côtes-d’Armor, cela a déjà conduit à des réorganisations lourdes : les accouchements sont suspendus à la maternité par l’Agence régionale de santé (ARS) depuis trois ans. « Le statut de la maternité reste pourtant assujetti à la tarification à l’activité alors qu’il n’y a plus d’accouchement, ce qui participe à creuser le déficit de l’hôpital d’un million d’euros par an », explique Fabrice Dehove, délégué syndical Sud Santé. Mise en place en 2004, la tarification à l’activité est un système de financement hospitalier dans lequel les ressources allouées sont calculées à partir d’une mesure de l’activité produite, conduisant à une estimation de recettes.

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Manuella Binet

Illustration : Dobritz

Paru dans La Brèche n° 17 (septembre – novembre 2026)

  1. Rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement, site de la Banque de France, 2024 ↩︎
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