Puy du Fou académie : une école qui réinvente l’histoire

Le parc d’attractions créé par Philippe de Villiers a enfanté d’une académie scolaire. Comme son aîné, le Puy du Fou version académie met en scène l’histoire. Et depuis 2024, un jumelage a été acté avec une école de la Drôme. Une première en attendant les autres.

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L’école Anne de Guigné, à Allex dans la Drôme, est la première école primaire hors contrat (ndlr, établissement n’ayant pas signé d’accord avec l’État) à avoir signé un partenariat de jumelage avec Puy du fou académie. Cette école, hors contrat également et fondée en 2015, compte 500 élèves répartis entre la maternelle et le lycée. L’objectif de ce rapprochement : « Favoriser la création d’un réseau d’écoles indépendantes de qualité garantissant des méthodes pertinentes sur le plan pédagogique, ainsi que la transmission et l’amour de la culture dans l’esprit du Puy du Fou. » Cet esprit est à retrouver dans un des six engagements mentionnés dans la charte de jumelage, « l’esprit vendéen » : « L’école s’engage à célébrer la France dans ses héros et ses saints, garantissant un large accès des enfants à l’histoire, en particulier locale, et à la culture chrétienne. » Toute une histoire !

Pour ce faire, chaque année l’académie crée un spectacle grandiose avec des combats, du chant et un lyrisme poussé à l’extrême (droite). Dans leur dernier opus Le serment de Saint-Malo, les garçons jouent à l’épée quand les filles chantent et dansent. Les garçons partent à l’aventure et les filles attendent. Ce qui est en adéquation avec la vidéo de présentation de l’école, où tous les enfants sont blancs, où les filles pratiquent l’équitation, les garçons, le rugby et ensemble, ils chantent à l’église. Le directeur, François Roucher, revendique sa proximité avec le parc d’attractions situé à quelques encablures avec qui l’école partage « cette passion de transmettre les trésors de notre histoire et notre civilisation ».

Une bataille des représentations historiques

Et d’histoire, il en est beaucoup question dans « Le meilleur parc d’attractions du monde », imaginé en 1978 par Philippe de Villiers, élu d’extrême droite de Vendée. C’est ce qui a motivé les 4,5 millions de visiteurs en 2025, dont a minima 40 000 élèves (ndlr, d’après le service presse du Puy du Fou, 800 groupes scolaires d’un minimum de 50 personnes ont été accueillis en 2025).

D’après la plateforme de financement participatif de l’éducation nationale La trousse à projets, depuis 2022 une trentaine de projets d’excursion au Puy du fou ont été financés. Et tous ont comme objectif de faire vivre l’histoire de manière « concrète et immersive » aux élèves.

Le problème est que de nombreux historiens s’inscrivent en faux quant à la représentation qui est faite de l’histoire, dont Mathilde Larrère, maîtresse de conférences en histoire contemporaine et coautrice du Puy du Faux (Les arènes, 2022). « C’est une écriture qui ne s’intéresse qu’aux grands hommes et qui oublie toute l’histoire sociale, l’histoire d’en bas, dénonce-t-elle. L’approche est xénophobe. Tout étranger est gênant. » Patrick Boucheron, historien et professeur au collège de France, remet en question l’invisibilisation du protestantisme, alors que la Vendée était une terre protestante et que la révocation de l’édit de Nantes a fortement éprouvé la région du Puyfolais.

L’éducation nationale devrait peut-être jeter un œil sur les projets de sorties scolaires et sur la création d’un réseau qui souhaite sortir de l’histoire républicaine ? Histoire de ne pas aller contre l’histoire…

Laure-Meriem Rouvier

Illustration : Soph’

Paru dans La Brèche n° 16 (juin – août 2026)