Moins de glace, plus de touristes : le nouvel équilibre fragile de l’Arctique
En Arctique, le réchauffement climatique est trois à quatre fois plus rapide que la moyenne mondiale. Au Svalbard, il est même six à sept fois plus rapide, d’après de nombreuses études. Les ours blancs, symbole de cet archipel norvégien au large du Groenland, font face à de multiples défis avec la fonte de leur habitat, la banquise, mais aussi l’augmentation exponentielle du tourisme (comme évoqué dans le dossier de La Brèche no 13).
En trois décennies, le tourisme a explosé au Svalbard. Un peu moins de 3 000 humains vivent dans cet archipel norvégien situé à mi-chemin entre la Norvège continentale et le pôle Nord. Dans les années 1990, la petite ville de Longyearbyen accueillait à peine quelques milliers de visiteurs en quête d’aventures polaires. Aujourd’hui, elle en reçoit plus de 60 000 chaque année et les hôtels enregistrent près de quatre fois plus de nuitées qu’il y a trente ans.
L’exploration des paysages glacés, des fjords et de la faune arctique se fait également par voie maritime. Avec la fonte de la banquise, l’archipel est accessible plus tôt et plus longtemps en été. Les croisières, autrefois rares, transportent plus de 70 000 passagers par saison, soit une hausse de près de 250 % depuis les années 19901.
Depuis le déclin de l’industrie charbonnière, le tourisme s’est imposé comme le principal moteur économique de l’archipel. La fermeture de la dernière mine norvégienne en juin 2025 a d’ailleurs accentué la tendance. Les entreprises liées de près ou de loin au secteur du tourisme emploient désormais plus de 1 000 personnes soit environ 63 % de l’ensemble des employés à temps plein2. Les impacts environnementaux, climatiques et sociaux liés à la hausse de la fréquentation touristique se font déjà sentir. Les croisières et les vols, en particulier, contribuent à la pollution atmosphérique et aux émissions de CO2 dans une région pourtant emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique. La pression s’intensifie également sur des milieux naturels d’une extrême fragilité, menaçant les écosystèmes et les espèces emblématiques de la région. L’ours polaire, symbole du dérèglement climatique, en paie déjà le prix.
« Avec la hausse de la fréquentation touristique, le risque de conflits avec les ours augmente »
Jon Aars, spécialiste de l’ours blanc à l’Institut polaire norvégien

La suite de cet article est à retrouver dans le numéro 15, disponible en kiosque (liste des points de vente) ou sur commande, en version papier ou numérique, via le formulaire suivant
