Loire-Atlantique : le sable nourrit l’agriculture intensive et appauvrit les sols

Dénoncer la politique de l’autruche, c’est ce à quoi s’attelle l’association La tête dans le sable. Cette dernière s’oppose en effet aux projets d’extension de carrières de sable qui ont cours à Saint-Colomban, en Loire-Atlantique, comme l’explique Annie Le Poulen, une des treize coprésidentes : « Depuis vingt ans, deux carrières existent sur le territoire de cette commune, à vingt kilomètres au sud de Nantes, ouvertes par GSM et Lafarge presque simultanément. Ces deux sociétés ont décidé d’acheter des terrains supplémentaires pour poursuivre et intensifier leur exploitation. »

Si les entreprises justifient ces projets par l’explosion de la demande, l’association souligne les conséquences environnementales de l’extraction de sable. La deuxième ressource la plus exploitée au monde, après l’eau, est en effet utilisée massivement par le secteur du bâtiment, pour la production de béton et la construction de routes : « Si l’industrie du béton était un pays, ce serait le troisième émetteur mondial de CO2 après les États-Unis et la Chine », rappelle notre interlocutrice. Mais le sable sert également à l’agriculture intensive : « Nous nous sommes rendus compte que 30 % de l’extraction de sable de Saint-Colomban allaient chez des maraîchers alentour qui en utilisent une fine couche pour égaliser les planches de culture, afin de couper les jeunes pousses de mâche, en repérant le sol au laser. L’utilisation du sable, ici dans une logique de sur-mécanisation agricole, appauvrit grandement le sol. » Selon l’association, il faut ainsi 30 tonnes de sable par an pour un hectare de mâche.

Le projet de Lafarge suspendu, celui de GSM toujours en cours

Si Lafarge a suspendu son projet d’extension de 37 hectares en début d’année 2024, l’entreprise « ne s’interdit pas de le réactiver plus tard », obligeant l’association à rester vigilante. Du côté de GSM, l’enquête publique concernant l’extension de sa carrière, pour une trentaine d’hectares supplémentaires, s’est terminée fin octobre. D’après Annie Le Poulen, il y aurait eu « plus de 500 contributions, quasiment toutes opposées à l’extension. On ne sait donc pas trop quelles sont les justifications qui vont être utilisées ». Les élus de la communauté de communes de Grand Lieu, quant à eux, ont voté à une large majorité en faveur du projet, fin septembre. Selon eux, la pression foncière liée à la démographie galopante dans la région nécessite quoi qu’il en soit de se fournir en sable et il ne serait pas écologique d’augmenter le trafic routier en se fournissant plus loin.

La tête dans le sable a d’ores et déjà engagé plusieurs actions en justice, dont certaines menées de concert avec la Ligue pour la protection des oiseaux et France nature environnement. Pour Annie Le Poulen, il s’agit de « défendre les terres agricoles, la qualité de l’eau, affectée par la mise à nu des nappes phréatiques, et celle de l’air, subissant des projections de silice ». Les marchands de sable n’ont qu’à bien se tenir.

Jp Peyrache

Illustration : Flock

Paru dans La Brèche n° 10 (décembre 2024-février 2025)