L’offensive de l’internationale réactionnaire
Au sommaire du numéro 17 de La Brèche, à retrouver dans les kiosques à partir du 26 août ou dès maintenant sur commande, une enquête sur la manière dont l’extrême droite et les courants réactionnaires mettent la main sur le pouvoir dans plusieurs pays du monde.
Réseaux d’échanges, de pensées et de ressources : l’extrême droite s’organise
L’extrême droite gagne du terrain sur tous les continents. Des gouvernements autoritaires et liberticides s’installent à la suite d’élections régulières. « Commence alors un processus discret de démantèlement des institutions démocratiques qui remet en cause l’indépendance de la justice, limite la liberté de la presse, noyaute les instances arbitrales et redécoupe de manière partisane la carte électorale », indiquent Daniel Ziblatt et Steven Levitsky, dans La Mort des démocraties (Calmann Levy, 2019).
Alors que 2027 s’approche à grands pas, l’idée de cette enquête est de partir dans différentes contrées passées sous l’extrême droite, pour comprendre les changements concrets, observés au quotidien. On vous emmène au Chili où, dès le premier jour de son mandat, le président José Antonio Kast a abrogé des décrets protégeant la nature et la santé des habitants au profit des industriels. En Argentine, depuis son accession au pouvoir en décembre 2023, Javier Milei enchaîne les coupes budgétaires, revenant sur le remboursement des médicaments pour des patients abandonnés à leur propre sort. On voyage également en Cisjordanie pour découvrir que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Israël, en décembre 2022, a favorisé les attaques contre l’environnement en territoire palestinien et l’intensification de la colonisation. Mais aussi dans l’Italie de Giorgia Meloni, laquelle met en place de nouvelles lois liberticides.
L’inspiration des « Lumières sombres »
Lors des festivités au lendemain du sacre espagnol en Coupe du monde de football, le 19 juillet, l’attaquant Ferran Torres portait une casquette siglée du slogan « Make Spain Great Again ». « Tout le monde veut faire partie du mouvement », s’est alors réjoui le compte officiel de la Maison Blanche sur X. Cette internationale réactionnaire, dont Donald Trump est une des têtes de proue, est guidée par les idées des « Lumières sombres », en opposition aux philosophes des Lumières. Ce mouvement est né de « penseurs » comme Nick Land, qui entend débrider le capitalisme jusqu’à son excès, et Curtis Yarvin. Cet ingénieur de la Silicon Valley défend une théorie politique sans concession visant à détruire la démocratie, établir une monarchie, diriger l’État comme une entreprise, rétablir les inégalités entre hommes et femmes, normaliser le racisme… Des idées qui ont séduit certains milliardaires influents de la Silicon Valley dont les libertariens Peter Thiel et Elon Musk. Ce dernier a apporté, le 15 juillet sur son réseau social X, tout son soutien à Marine Le Pen : « Elle est le dernier espoir de la France ! » Rien de rassurant puisque, pour ces géants de la tech, les démocraties seraient obsolètes. En France, dans un autre style, le milliardaire Vincent Bolloré poursuit aussi sa « bataille des idées ». « Un écosystème est en train de se structurer autour des intérêts de la tech et de la finance », indique Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
Mais l’extrême droite n’est pas une fatalité. Notre voyage se terminera en Hongrie pour comprendre comment l’éducation nationale sort peu à peu du climat étouffant qui s’était installé sous Viktor Orbán, battu en avril après 16 ans au pouvoir. D’après Gilles Ivaldi, « cela montre que les systèmes démocratiques européens sont encore solides ».

