Étude sur l’électro‐­hypersensibilité : « On sort de 50 ans d’obscurantisme »

« On propose un nouveau paradigme qui devrait, je l’espère, faire beaucoup avancer les choses », s’enthousiasme Sophie Pelletier, présidente de l’association Priartem (Pour une réglementation des antennes-relais de téléphonie mobile). Depuis notre premier numéro, nous suivons de près les travaux sur l’impact sanitaire des ondes électromagnétiques non ionisantes, omniprésentes dans notre environnement, pour faire fonctionner notamment nos téléphones portables. Les troubles dont se plaignent de nombreuses personnes sont généralement dénigrés et catalogués comme psychosomatiques. Une étude de l’Inserm Lyon, publiée le 16 mai dernier, montre que les volontaires électrosensibles sont significativement radiosensibles. « Cette étude présente des éléments pour sortir de l’ornière d’une maladie calée dans la case psychosomatique », se réjouit Sophie Pelletier.

Il a fallu dix ans, entre 2014 et 2024, pour réaliser cette publication scientifique à partir d’une cohorte de 26 électro-hypersensibles (EHS) et de 30 fibroblastes de personnes non EHS. Soumise à une onde ionisante (capable de casser l’ADN à la différence des ondes non-ionisantes), la protéine ATM va permettre la réparation de la cassure d’ADN. Une réparation qui se fait mal chez les personnes EHS. « Les 26 patients EHS ont des protéines surexprimées qui bloquent les ATM. Nous avons montré que le retard de transit de cette protéine entraîne une radiosensibilité. Cela veut dire qu’une personne EHS a de forts risques d’avoir des effets secondaires à la radiothérapie », explique Nicolas Foray, directeur de recherche de l’UMR 1296 à l’Inserm Lyon, en charge de cette étude.

Une avancée majeure puisque ce travail fait « entrer les EHS dans un sous-groupe défini très clairement en clinique. Nous approchons d’une définition moléculaire de l’EHS ». La protéine ATM est un axe de recherche intéressant pour la suite. Mais le chemin est encore long. Une onde électromagnétique non ionisante, comme celles de nos téléphones portables, perturbe-t-elle également la protéine ATM ? « Le comportement d’une protéine peut être complètement différent face à une radiation ionisante ou non ionisante », prévient Nicolas Foray. Il va falloir des études avec différentes fréquences, puissances, etc. « On est à l’orée de quelque chose. On sort de 50 ans d’obscurantisme. On est à la toute première marche de l’escalier. On est lancés dans un processus de 10 ans, mais on commence à savoir où l’on va. » Et pour les personnes EHS, c’est déjà énorme !

Clément Goutelle

Illustration : Gui Mia

Paru dans La Brèche n° 13 (septembre-novembre 2025)