Avec Saint-Louis, le Sénégal en première ligne des déplacés climatiques
Dans cette ville coloniale du nord du Sénégal, la mer grignote les quartiers de pêcheurs installés sur une étroite bande littorale. Les tempêtes de 2017 et 2018 ont détruit des centaines de maisons et déplacé des milliers d’habitants. Relogements, camps d’attente et promesses de réinstallation en font un symbole des premiers déplacés climatiques en Afrique de l’Ouest.
Lorsque l’océan Atlantique a englouti sa maison en briques, Cheikh n’a rien pu faire. Adossé aux ruines d’une autre bâtisse, contre un mur fissuré, l’homme au regard sombre désigne un espace désormais vide. « C’était là », lâche-t-il, amer. Entre 2017 et 2018, une série de violentes tempêtes a ravagé la Langue de Barbarie, un étroit cordon littoral sableux situé à Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. Comme des milliers d’autres habitants de cette ville coloniale classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Cheikh a vu son logement disparaître sous les assauts de l’océan. Depuis, il attend en vain d’être relogé. « Les autorités m’ont promis une nouvelle maison, mais je n’ai pas encore les clés. Les habitants sont appelés les uns après les autres, en fonction de l’urgence de leur situation », explique le quinquagénaire, hébergé chez un cousin en attendant une solution durable.
Derrière le destin de Cheikh se joue celui de milliers d’autres habitants de l’ancienne capitale du pays. À Guet Ndar, l’un des quartiers de pêcheurs les plus emblématiques du Sénégal, les traces de l’érosion sont partout. Pourtant, l’agitation y reste incessante. Des enfants pieds nus jouent au football dans les ruelles sablonneuses. Des chèvres se faufilent entre les maisons en briques écaillées. Des femmes au visage marqué par la fatigue préparent le poisson devant leur porte tandis que des motos Jakarta pétaradent au milieu de la foule. Une odeur âcre flotte dans l’air.
Plus de 15 000 personnes menacées
Situé sur la Langue de Barbarie, Guet Ndar est souvent présenté comme l’un des quartiers les plus densément peuplés au monde. Mais derrière l’agitation permanente, les stigmates de l’érosion sautent aux yeux. Les murs sont lézardés. Certaines maisons ne tiennent plus que par quelques pans de béton. Plus loin, les ruines d’une école détruite lors d’une récente tempête rappellent la violence des vagues qui frappent régulièrement cette étroite bande de sable. Les habitants de Guet Ndar parlent encore des tempêtes de 2017 et 2018 comme d’un véritable tournant. Selon les estimations du Projet de relèvement d’urgence et de résilience à Saint-Louis (SERRP), soutenu par la Banque mondiale et l’État du Sénégal, ces épisodes ont directement touché plusieurs centaines de familles sur la côte. Depuis, la situation ne s’est pas stabilisée. Au contraire, elle s’est installée dans la durée. Les autorités sénégalaises estiment que plus d’un millier de ménages vivent encore sur une bande côtière de 3,6 kilomètres de long et 20 mètres de large, considérée comme une « zone à très haut risque » et inadaptée à une occupation durable.
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Léa Masseguin (au Sénégal)
Illustration : Léah Touitou
Paru dans La Brèche n° 17 (septembre – novembre 2026)


