Argentine : une politique sanitaire qui prive les malades de traitement
Depuis son accession au pouvoir en décembre 2023, Javier Milei enchaîne les coupes budgétaires. Le secteur de la santé n’est pas épargné. Au printemps dernier, la restructuration du programme de répartition d’un pack gratuit d’une soixantaine de médicaments, essentiels à plus de 7 800 centres de santé de tout le pays, impacte 19 millions d’Argentins. Des patients abandonnés à leur propre sort.
Il y a quelques années, María Teresa Troiano souffrait d’un mélanome, « l’un des cancers de la peau les plus agressifs », précise son mari, Eduardo Castaño. À partir de 2015, elle a dû suivre un traitement de 17 000 dollars mensuels, pris en charge par l’État. Avec l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Javier Milei en décembre 2023, le médicament de María Teresa n’est plus livré. Commence alors une course effrénée. Eduardo Castaño frappe à toutes les portes dans l’espoir de trouver une solution. Quarante jours plus tard, le laboratoire pharmaceutique finit par faire don du traitement. Mais il est déjà trop tard. La maladie a progressé. María Teresa meurt en avril 2024, à 61 ans.
Quelques mois après sa prise de fonction, en février 2024, le gouvernement du président libertarien signe une décision administrative qui transfère la Direction d’assistance directe pour situations spéciales (Dadse) au ministère de la santé. Cet organisme, chargé de couvrir les besoins médicaux des patients atteints de maladies rares, hématologiques ou oncologiques, connaît de graves dysfonctionnements administratifs au lendemain de l’investiture de Javier Milei. Avec cette décision, ils s’intensifient. Les bénéficiaires, comme Maria Teresa Troiano, subissent des retards, voire des suspensions, dans la réception de leurs traitements très onéreux. Selon le décompte de plusieurs organisations, dont la Fédération syndicale des professionnels de santé de la République d’Argentine (Fesprosa), plus de soixante personnes sont mortes en 2024 en attente de leurs médications.
Après plusieurs recours collectifs contre l’État, le ministère de la santé décide de dissoudre la Dadse en janvier 2025, pour « réorganiser et rendre plus efficace le système de santé ».
« Inégalités d’accès à la santé dans un même pays »
María Fernanda Boriotti, présidente de la Fédération syndicale des professionnels de santé de la République d’Argentine
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Armelle Desmaison
Illustration : Bouzard
Paru dans La Brèche n° 17 (septembre – novembre 2026)


