Amazonie : Starlink, IA… les peuples autochtones luttent avec les armes « de l’ennemi »
En Amazonie, de très nombreuses communautés autochtones luttent contre les intrusions illégales sur leur territoire à l’aide de smartphones, d’antennes Starlink, d’imagerie satellitaire et de systèmes d’intelligence artificielle (IA). La pratique permet de freiner les activités illégales mais divise les communautés scientifiques et militantes à l’échelle du continent.
Au petit matin, le bateau glisse doucement hors de la ville de Santa Clotilde, située au nord du Pérou, pour plonger dans la brume. L’eau et le ciel se confondent. Ce jour-là, l’équipe de la fondation Rainforest US (RFUS) remonte la rivière Napo, en Amazonie péruvienne, pour rendre visite à plusieurs communautés autochtones qui ont mis en place un système de surveillance de leur territoire à l’aide d’outils technologiques. À bord de l’embarcation, Betty Rubio, coordinatrice du projet de surveillance du secteur, révise des cartes sur son téléphone. Sur son écran, des points rouges indiquent les alertes de déforestation. « Pour chaque alerte on doit aller vérifier sur place de quoi il s’agit : ça peut être une inondation, un arbre tombé… ou une activité illégale », explique cette femme appartenant au peuple kichwa, qui représente les communautés autochtones de la région péruvienne de Loreto.
Derrière elle, défilent les hauts arbres de la plus grande forêt tropicale du monde. C’est là, cachés par la dense végétation, que des intrus viennent braconner, tailler des arbres, cultiver des champs de coca ou chercher de l’or, à l’insu des communautés autochtones gardiennes de ce riche territoire. Chaque village (entre quatre et cent familles) dispose de surfaces allant jusqu’à 40 000 hectares dont les habitants dépendent pour leur subsistance.
Diminution de 52 % de la déforestation
Pour protéger leur territoire, les communautés indigènes ont toujours patrouillé. Mais désormais, les gardiens ont des « armes » supplémentaires : des smartphones, des GPS et des drones financés notamment par la fondation RFUS, qui leur transmet des alertes émises par l’observatoire Global Forest Watch. Cette plateforme en accès libre utilise l’imagerie satellitaire et l’IA pour repérer des « trous » dans la canopée.
Depuis un peu plus d’un an, les moniteurs transmettent leurs données plus rapidement grâce à des antennes Starlink, seule manière d’accéder à Internet dans ces zones très reculées, impossibles à raccorder à un réseau filaire de télécommunication. Ces patrouilles « high-tech » ont fait leurs preuves : selon une étude américaine publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et menée entre 2018 et 2019, la déforestation a diminué en moyenne de 52 % la première année de mise en place, en comparaison avec des communautés non incluses dans le projet1.
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Anouk Passelac (au Pérou)
Illustration : Roxane
Paru dans La Brèche n° 17 (septembre – novembre 2026)
- « Satellite-based deforestation alerts with training and incentives for patrolling facilitate community monitoring in the Peruvian Amazon », Proceedings of the National Academy of Sciences, 12 juillet 2021 ↩︎


