Édito : Le prix de l’indépendance
La Terre se consume et on accélère la cadence. Rien ne tourne rond, et pourtant il faut se justifier de vouloir fonctionner autrement. Ne pas vouloir commander en ligne, ni utiliser l’IA ou les réseaux sociaux, voire proposer de prendre le temps. Est-ce si étrange de vouloir sortir de l’injonction à la vitesse permanente ?
L’information ? Elle est partout. Mais la gratuité est un leurre. « Rien n’est jamais sans conséquence. En conséquence, rien n’est jamais gratuit », disait Confucius. Entre deux pages de publicité, on découvre une forêt décimée, une guerre déclenchée ou une nouvelle loi qui nous emmène droit dans le mur. Dans un climat anxiogène, il faut désirer et glorifier le futile. Le papier ? Pas le temps…
Alors on nous suggère de nous adapter. On nous invite à « marketer » nos informations. À incarner La Brèche en nous filmant sur les réseaux avec une bonne dose de « storytelling ». Bref, à faire de la publicité. Nous ne faisons pas un média indépendant pour reproduire les dérives que nous dénonçons. Notre seule raison d’être est de faire émerger d’autres horizons possibles, proposer de nouveaux imaginaires, d’autres manières de faire et de voir.
À La Brèche nous traçons notre sillon. Depuis plus de trois ans, nous fonctionnons en toute indépendance, sans actionnaire ni publicité. Mais nous n’échappons pas aux contraintes. Comme les autres, nous subissons de plein fouet l’inflation, que ce soit au niveau du coût du papier, auquel nous tenons tant, ou des tarifs postaux, qui grimpent autant que le mercure des thermomètres ces dernières semaines.
Moins cher et plus nourrissant qu’un sandwich
Nous nous voyons donc contraints de revoir notre politique tarifaire légèrement à la hausse, afin d’essayer d’absorber au mieux les coûts supplémentaires, sans pour autant renier notre identité. Nous poursuivons nos collaborations avec des dessinateurs et des journalistes professionnels, que nous rémunérons au mieux de nos possibilités, garantissant ainsi un travail d’enquête et d’analyse que nous souhaitons aussi qualitatif que possible et que vous êtes nombreux·ses à saluer.
À partir de ce numéro, un exemplaire de La Brèche coûte désormais 4,50 € (contre 4,20 €). Si cela reste moins cher qu’un sandwich dans la plupart des villes de France, nous sommes conscients qu’il ne s’agit pas d’un coût négligeable pour autant. Malgré tout, nous aimons à penser qu’un journal devrait être considéré comme un bien de première nécessité, nourrissant l’esprit et garantissant, via son rôle de contre-pouvoir essentiel, une démocratie en bonne santé.
Nous revoyons au passage notre politique d’abonnement. Nous mettons en place, sur le principe du « café suspendu », une formule petit budget à 20 euros pour 18 mois et 6 numéros. Ce tarif ne couvre pas tous les frais, puisque l’abonnement au juste prix est à 30 euros. Mais nous comptons sur le soutien des lecteurs qui peuvent se le permettre, en optant pour le tarif à 40 euros. Un geste important qui vient nourrir là encore un autre horizon, celui de la solidarité.

