Charles-Antoine Beyney : l’entrepreneur (et philosophe) pressé des data centers

En bon entrepreneur de la tech, Charles-Antoine Beyney aime quand ça va vite, très vite. Son dada, ce sont les data centers. Il a créé en 2012 Etix Everywhere – spécialisée dans la construction de centres de données – qu’il a revendue en 2020. Il sent le monde changer alors, fin 2024, il crée la plateforme de data centers dédiés à l’intelligence artificielle (IA) DataOne, soutenue par le groupe émirati G42, qui « fait partie du bras armé des Émirats arabes unis pour “devenir l’une des nations leaders de l’IA d’ici 2031” », explique le site spécialisé DC mag1.

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Charles-Antoine vit à Dubaï mais veut innover en France. Il assure pouvoir construire un data center en 20 semaines chrono. Il va vite et voit grand. À Eybens, à côté de Grenoble, il veut créer rien de moins que le plus grand supercalculateur d’Europe, ce qui préoccupe les riverains. « Quand il y a de l’inquiétude, de la peur, en général c’est un manque d’information. On n’a rien à cacher », a-t-il raconté en réunion publique comme le relate Le Postillon2. C’est allé tellement vite que « beaucoup d’élus ne savaient même pas ! », indique le média Synth3. Mais pour Charles-Antoine ce n’est pas suffisant. Il voudrait faire évoluer la puissance de son data center de 15 à 200 mégawatts – soit l’équivalent de la consommation de la ville de Bordeaux – en quelques semaines. Le frein ? la bureaucratie. « Il faut trois ans en France pour faire ce qui nous a pris trois mois aux États-Unis et qui prend une semaine à Dubaï. »4

Dans le monde de Beyney, on parle en GPU – processeurs graphiques utilisés pour l’entraînement des modèles d’IA. « Le nouveau pétrole, c’est les GPU », confie-t-il au podcast, Comptoir IA5. En plus, les GPU se transforment facilement en dollars : « On a lancé cette entreprise en novembre de l’année dernière et on a déjà signé pour des milliards de dollars de contrats. C’est l’AI révolution ! »

« Plug baby plug »

Emmanuel Macron veut faire de la France une puissance de l’IA. En février 2025, au Sommet sur l’IA, il a annoncé 100 milliards d’investissement et 35 sites ciblés pour des data centers, visant une livraison dans les deux ans pour l’essentiel d’entre eux. « Plug baby plug… Mais seulement dans 3 ou 5 ans, réagit Charles-Antoine Beyney. […] Il faut aller beaucoup plus vite. C’est une question de survie de la nation. Et je pèse mes mots. » Heureusement !

DataOne promet un « data center durable » mais son PDG n’est pas très branché écologie : « T’as pas besoin de faire des études qui servent à que dalle. Pas besoin de savoir s’il y a une grenouille verte qui est passée dans le coin. » Ça tombe bien, le gouvernement souhaite accélérer les procédures administratives en déclarant les data centers comme projets d’intérêt national majeur. L’Assemblée nationale doit examiner le texte, adopté par le Sénat le 25 mars 2026. Cela pourrait simplifier l’implantation des data centers en France et soulager enfin l’entrepreneur qui rêve d’une IA sans limite. Pas le choix : « Les États-Unis avancent très vite, la Chine avance très vite, l’Europe est à la traîne. […] On est dans une guerre économique, stratégique, du savoir… Celui qui dispose de la plus forte intelligence sera capable de dominer le monde de demain. Ce qui nous a mis en haut de la chaîne alimentaire, c’est notre cerveau, pas notre force physique. Imagine que tu es en train de créer un cerveau 1 000 fois plus puissant que le cerveau humain. Si tu n’as pas cet armement, tu es obsolète. »

L’IA ne serait donc pas là pour améliorer notre quotidien… « C’est l’émergence de la bombe atomique puissance 10 000. Si tu n’es pas équipé de la même manière, tu vas être comme un débile dans une salle de génies. »

Le ravi de la Tech

À ses yeux, l’intelligence artificielle – il n’aime pas le terme de supercalculateur – permet aussi des choses formidables : « Des gens qui sont en Afrique seront aussi intelligents (sic) que des personnes en France ou aux USA. C’est l’accès enfin à l’éducation universelle, une vraie globalisation des Lumières. » C’était déjà la promesse d’internet. On a vu le succès… Et cela demande le détricotage des normes européennes : « L’AI Act, c’est une vision bureaucratique européenne. Une vision certes éclairée parce que l’IA est une arme pire que l’arme atomique, avec laquelle on est en train de jouer sans trop savoir ce qui va se passer… On a un peu peur quand même. » Nous aussi.

Clément Goutelle

Illustration : Vincent Couturier

Paru dans La Brèche n° 16 (juin – août 2026)

  1. « DataOne confirme l’installation d’un data center d’IA en Isère », DC mag, 24 février 2025 ↩︎
  2. « Totalitaire », Le Postillon, printemps 2026 ↩︎
  3. « “Beaucoup d’élus ne savaient même pas !” : près de Grenoble, l’implantation rapide et sans recours d’un data center », Synth, 17 mars 2026 ↩︎
  4. « Data centers : le coup de gueule du patron de DataOne sur les délais de raccordement en France », L’Usine Nouvelle, 17 septembre 2025 ↩︎
  5. « 20 Semaines vs 3 ans : comment ce Français révolutionne les data centers pour l’IA ! », Comptoir IA, 11 juin 2025 ↩︎
La une du numéro 16