Des établissements résistent à Pronote, l’appli de l’hyperconnexion scolaire

Notes, devoirs, absences. La vie scolaire des collégiens et lycéens tient sur une application : Pronote (ÉcoleDirecte et Educ’Horus dans l’enseignement privé). Devenue incontournable, elle accentue pourtant la culture de la performance à l’école et celle de la surveillance des parents. Conscients que l’éducation nationale pousse par ce biais les élèves vers les écrans, des établissements tentent de changer leurs pratiques.

Depuis une quinzaine d’années, un nouveau logo, papillon jaune sur fond vert, figure sur la première page du smartphone des écoliers français. Celui de l’application Pronote, plateforme miracle alimentée par l’établissement, qui condense toute la vie – scolaire – des adolescents : leurs notes, devoirs et emploi du temps, mais aussi les éventuels retards et autres punitions. Et tout le monde trouve ça très pratique : les professeurs n’ont plus à écrire les devoirs au tableau, les parents suivent de près les résultats de leur progéniture et les élèves ont sous la main la liste du travail à faire pour le lendemain. « La France a fait le choix de faire entrer le numérique à l’école en sollicitant des EdTech (ndlr, entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies liées à l’éducation). Cela a poussé à une “gamification” des usages. L’ergonomie de Pronote, avec une mise à jour en continu et un accès sur téléphone, tablette et ordinateur, pousse à y aller en permanence », remarque Laurent Tessier, professeur de sociologie à l’Institut catholique de Paris.

Surveillance et dépendance

Au fil des années, des effets pervers apparaissent, notamment liés à la publication des notes. Nombre d’élèves sont en veille pour n’en rater aucune. Marion Longchambon, mère de Maxime, témoigne : « En 6e, il était toujours sur le qui-vive, à attendre que les résultats des évaluations s’affichent. Il devenait obsédé par sa moyenne générale, calculée automatiquement. On a fini par lui interdire de se connecter le soir et le week-end, car les notes tombaient aussi lors des moments de repos. » Le professeur Laurent Tessier le confirme : « Tout comme les applications de santé calculent nos pas, Pronote donne lieu à une “quantification” de la performance de l’élève. »

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Riva Brinet-Spiesser

Illustration : Three Koma

Paru dans La Brèche n° 16 (juin – août 2026)